L'histoire de   Jean-François Janelle

copie du livre   LA FAMILLE JANELLE

par   Joseph-Émile Janelle

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Jean-François Janelle fut le premier ancêtre de tous les Janelle du Canada et des États-Unis de l'Amérique du Nord. Il arriva dans la Nouvelle-France vers l'année 1729. Nous n'avons rien de précis au sujet de son départ de France ni de son arrivée en ce pays. Cependant, nous savons qu'il venait de Paris, était le fils de François Janelle et de Madeleine Labbé, et natif de la paroisse de Saint-Germain l'Auxerrois de la Ville de Paris; qu'à l'âge de 23 ans, il contracta mariage avec Marie-Françoise Benoist, tout cela, tel qu'en fait foi le contrat du mariage en date du 18 mai 1730 et conservé dans le Greffe du Maître Petit, notaire et greffier, aux Archives du District des Trois-Rivières, aux Trois-Rivières; aussi l'acte de son mariage enregistré dans les registres de la paroisse de La-Baie-du-Febvre (Québec), à la même date que fut passé le contrat.

Sa présence au Canada nous est signalée pour la première fois, par sa signature comme témoin à une sépulture, à La-Baie-du-Febvre, le 21 septembre 1729, puis une deuxième fois au même endroit, où il est parrain au baptême de Jean-François Benoist (son futur beau-frère) le 16 octobre 1729. Il signait généralement" Jean-François Janelle", quelquefois" François Janelle". L'auteur de ces notes a vu sa signature au bas de mille documents divers, soit à La-Baie-du-Febvre, à Saint-François-du-Lac ou aux Archives des Trois-Rivières : toujours la même belle écriture. M. l'abbé Joseph Elz. Bellemare dit à la page 473 de son "Histoire de La-Baie-Saint-Antoine" : "... sa signature, à peu près la meilleure de ces temps reculés, etc." Le même auteur se demande plus loin si Jean-François Janelle n'était pas instituteur, les archives de sa Paroisse étant muettes sur son état. (A remarquer ici qu'il a passé presque toute sa vie à Saint-François-Xavier sur le lac (Saint-François-du-Lac) ce qui explique l'ignorance du bon abbé). Nous en avons une première réponse dans son contrat de mariage; Jean-François Janelle était bien instituteur, et il le fut toute sa vie.

Il existe une tradition dans la famille d'Alfred J. Janelle, de Saint-Ignace, État du Michigan, vieillard de 84 ans et qui fut juge de paix du comté de Saint-Ignace jusqu'au printemps dernier, que notre ancêtre commun était un jeune officier de l'armée française lorsqu'il immigra au Canada. Le grand-père du père de M. Alfred J. Janelle avait 21 ans lorsque Jean-François Janelle mourut. Tous deux vécurent à Saint-François-du-Lac (aujourd'hui Notre-Dame-de-Pierreville) et de même la plupart des Janelle de la branche de notre informateur. Or, comme nous ne connaissons l'existence d'aucuns document qui prouverait le contraire, nous sommes enclins à croire à la véracité de cette tradition.

On aurait tort d'être surpris que Jean-François Janelle fut un homme instruit si l'on considère le fait qu'il était né et avait grandi dans la belle paroisse de Saint-Germain l'Auxerrois, dont la magnifique église gothique est située en face de la Colonnade du Louvre. C'était alors la paroisse des rois de France, le centre de la France intellectuelle. L'enfant avait subi l'ambiance du milieu où il avait grandi, et plus tard, son séjour prolongé à La-Baie-du-Febvre et à Saint-François-du-Lac a sans doute beaucoup influé sur le caractère des habitants de ces lieux. À cette époque, plus qu'aujourd'hui, l'instituteur était à l'école ce que le prêtre était à l'Église, c'est-à-dire que l'un était le complément de l'autre : l'un cultivait le côté intellectuel et l'autre le côté moral, les deux façonnaient les caractères.

Combien de descendants des vieilles familles de La Baie et Saint-François, et nous ajouterons de Pierreville et Notre-Dame-de-Pierreville, ne sont-ils pas encore redevables à ces deux apôtres zélés - le prêtre et l'instituteur - des vertus et des connaissances que ceux-ci avaient inculquées dans le cœur et l'esprit de leurs arrières-grands-pères? Nous ne saurions le dire, mais ils sont nombreux, répandus par tout le pays et au-dehors.

Ce qui peut sembler illogique et restera probablement inexpliqué, faute de documents, est le fait que Jean-François Janelle, après avoir passé sa jeunesse dans la Ville lumière, où il était né, eût résolu de se contenter de venir vivre la simple vie d'un modeste instituteur dans un pays presque sauvage, au milieu des rudes colons échelonnés sur les rives du Saint-Laurent et à une époque où les conditions politiques et économiques de la colonie étaient dans une situation précaire.

En 1727, on ne comptait encore que 30,613 âmes dans toute l'étendue de la Nouvelle-France; en 1734, la population entière était 37,716 habitants. Le recensement de 1739 ne donne que 179 âmes à La-Baie-du-Febvre. Ce ne fut qu'en 1734 qu'on put, pour la première fois, se rendre de Québec à Montréal en voiture. Ces constatations faites, on se rendra facilement compte de ce que pouvaient être les conditions locales dans ce vaste pays que l'Angleterre convoitait. En effet, après plus d'un siècle de luttes sanglantes avec les aborigènes du pays, nos ancêtres durent faire face à un nouvel ennemi, de beaucoup plus puissant et plus dangereux. Dans cette lutte héroïque et historique, entre la France et l'Angleterre, pour la possession de notre beau pays, nos ancêtres ont joué un rôle très honorable. Mais que de deuils, de misères, de privations de toutes sortes eurent-ils à souffrir? Cependant, leur vaillance nous a valu le traité de Paris du 10 février 1763 par lequel la France cédait à la Grande-Bretagne, le Canada et les îles du golfe Saint-Laurent, mais nous réservait le libre exercice de notre religion, notre langue, nos lois et coutume.